dimanche 31 août 2008

Le robot fou qui se prenait pour D'Artagnan - nouvelle de SF

- Ca fera 11,50€, commença Eva en se frottant les yeux. Vous avez la carte de fidélité ?
- Non. Voilà ma carte de paiement, répondit la cliente d'une voix impatiente en lui tendant brusquement une carte dorée.
Eva prit la carte sans se presser et la plaça dans la machine. Elle aimait prendre délibérément son temps quand une cliente montrait des signes d'impatience. C'était son seul pouvoir après tout : la capacité d'agacer les clients agaçants. Elle ne put réprimer un sourire quand elle vit que la carte ne passait pas.
- Madame, je suis désolé mais votre carte ne passe pas.
- Comment ça ? Vous avez dû mal la mettre, reprit la cliente dont l'énervement devenait de plus en plus visible. Essayez avec cette carte, c'est celle de mon mari.
- Cette fois, ça a l'air de marcher. Veuillez taper votre code.
La cliente s'exécuta pendant que le robot domestique qui l'accompagnait se saisissait avec l'un de ses 4 bras articulés des dernières courses posées en bout de caisse. Eva ne put s'empêcher d'admirer avec quelle grâce et avec quelle dextérité ces bras multiples se déplaçaient, rangeant les articles dans de multiples sacs.
Eva attendit que le paiement soit accepté avant de tendre le ticket à la cliente pressée d'un geste las. Parfois, elle s'amusait à compter le nombre de fois où elle faisait ce geste en une journée. Aujourd'hui, elle en était à 156. Elle suivit du regard la cliente qui s'éloigna d'un pas vif, suivi de près par son robot domestique ultra moderne, qui portait une dizaine de sacs plastiques à l'aide de ses 4 bras.

Eva jeta un coup d'oeil à sa montre. C'était l'heure de la fin de son service. Elle se tourna vers le client qui venait de commencer à déposer ses courses sur le tapis.
- Monsieur, ça ne sert à rien. Je suis fermé. Vous pouvez aller voir ma collègue à côté. Merci !

Eva se leva et fit rapidement un signe pour saluer ses collègues qu'elle n'appréciait guère par ailleurs. Elle rentra dans la salle de repos et se changea rapidement. Elle n'avait pas de temps à perdre. La vente aux enchères des robots avait déjà dû commencer.
Depuis toute petite, Eva était passionnée par les robots. Par ce qu'ils étaient capables de faire. Elle s'étonnait d'ailleurs que les robots n'aient pas encore remplacés toutes les caissières dans son supermarché. Elle avait entendu dire qu'il s'agissait d'une décision marketing de son enseigne, qui avait voulu se différencier vis à vis de ses concurrents en gardant des caissières humaines. Un moyen soit disant pour préserver le contact humain entre le personnel de l'enseigne et la clientèle et ainsi accroître sa satisfaction... Ceux qui avaient dit ça ne devaient pas faire souvent leur courses...

Eva sortit dans la rue et souffla un grand coup, soulagée de sortir de ce supermarché qu'elle supportait de moins en moins. Elle venait à peine de faire quelques pas sur le trottoir de l'Avenue Montaigne quand elle aperçut au loin le tramway qui approchait. Elle se mit à courir, gênée par sa jupe et ses chaussures de ville et réussit à l'attraper in extremis. Le tramway était dépourvu de chauffeur, il marchait automatiquement. Une vieille dame, surprise par le démarrage du tramway, bouscula Eva avant de s'excuser abondamment. Eva lui fit signe que ce n'était pas grave et l'invita à s'asseoir. Puis elle sortit son livre préférée, un vieux bouquin : « Le cycle de Fondation » d'Isaac Asimov. Impatiente, elle entama le chapitre 12 pour la 4ème fois. Elle ne se lassait pas de ce livre...

Eva était une jeune femme de 22 ans, avec de longs cheveux bruns et des yeux marrons rêveurs. A en croire le nombre d'hommes qui la draguaient à la caisse, elle se doutait qu'elle devait avoir un physique plaisant même si elle regrettait que sa poitrine ne se soit pas davantage développée. Pas très douée pour les études, elle n'avait qu'un bac STT en poche et n'avait pas voulu aller au delà. Son boulot ne lui plaisait pas particulièrement mais lui permettait de vivre convenablement. D'autres n'avaient pas cette chance.

Elle avait à peine eu le temps de lire 5 pages de son livre lorsque, relevant brièvement la tête, elle vit qu'elle était presque à destination. Elle se dépêcha de terminer sa page avant de sauter du tramway. L'horloge géante en face d'elle lui indiqua que la vente aux enchères était déjà commencée depuis une quinzaine de minutes. Elle accéléra donc le pas pour arriver à l'entrée de la salle de vente. Elle accepta de se laisser fouiller par l'une des agents de sécurité puis rentra discrètement à l'arrière de la salle, où elle trouva une place libre à côté d'un homme bedonnant qui suait à grosses gouttes.

Eva adorait ces ventes aux enchères au cours desquels des robots dont le propriétaire voulait se séparer étaient vendus aux plus offrants. Elle avait vu, au cours des 2 ans durant lesquels elle était venu dans cette salle chaque semaine, toute sorte de robots : des beaux, des usés, des innovants avec des facultés extraordinaires ou des complètement dépassés. La plupart des robots vendus ici étaient des robots « ménagers », censés aider les humains dans leur vie quotidienne, en portant leurs courses, récurant leurs toilettes, nettoyant leurs carrelages...Voire même en leur préparant des petits plats gastronomiques pour les plus évolués. Le rêve d'Eva était de pouvoir acheter un jour un de ces robots. Ses parents étant contre le principe même d'utiliser des robots, arguant que les hommes ne devaient pas devenir des “assistés”, ils avaient toujours refusés de lui avancer l'argent qui lui manquait pour s'en payer un. Mais Eva économisait depuis presque 4 ans pour cela et savait qu'elle pourrait un jour se faire ce cadeau.

Elle regarda avec attention la 1ère vente : il s'agissait d'un robot nouvelle génération dont la mise à prix était fixée à 32 000€. Ce robot, appelé DGZ24 mais surnommé « robot babby sitter » était selon le commissaire priseur LA solution pour ne plus vivre un calvaire en ayant des enfants en bas âge. Capable de lire des histoires (plus de 100 000 différentes en 15 langues), de chanter des berceuses, de donner le biberon et même de changer les couches, ce robot disposait de capteurs high tech qui lui permettaient d'ajuster de manière très précise ses gestes à la mission qui lui était confiée. Une femme d'une quarantaine d'années, apparemment séduite, finit par l'obtenir pour 55 000€.
Les prochains robots furent plus standards. Eva fut tout de même amusé par un robot masseur, dont la voix sexy reproduisait à s'y méprendre celle d'un acteur célèbre.
La vente aux enchères arrivait à son terme quand le commissaire priseur, apparemment gêné, annonça qu'un dernier robot était à vendre. Un robot défectueux dont l'ancien propriétaire venait de décéder. Le commissaire précisa que le coût nécessaire pour le faire réparer était trop important au regard de la vétusté du modèle. Le gros homme à côté d'Eva demanda en quoi le robot était défectueux. On lui répondit que le robot était devenu fou, les petits enfants de son propriétaire ayant tenté de modifier la programmation de sa carte mémoire. Depuis, ce robot était fermement persuadé d'être D'Artagnan, un mousquetaire du XVIIème siècle. L'homme bedonnant demanda comment cela était possible. Avec un sourire en coin, le commissaire priseur l'informa qu'il s'agissait d'un robot « historien » chargé par son propriétaire d'enseigner l'histoire à ses petits enfants. Suite à leur petite expérience, les petits enfants avaient sans le vouloir fait de lui un robot fou, persuadé d'être quelqu'un d'autre, un incident apparemment rarissime.Le robot en feraille s'appelait DK18, mesurait 1m50, possédait 2 bras métalliques et était posé sur un socle doté de plusieurs roues, qui lui permettait de se déplacer sur des terrains plats ou peu accidentés. Son visage carré avait un côté amusant, avec 2 yeux rouges très lumineux et une bouche qui semblait bloqué dans un rictus de sourire.
La mise à prix commença à 3 000€, un prix à peine plus élevé que le prix des pièces détachées du robot. Une femme proposa 4 000€, amusé par sa folie. L'homme bedonnant en proposa 5 000€. Le commissaire priseur allait adjuger l'affaire quand Eva prit la parole d'une voix timide pour enchérir avec 6 000€. Son voisin, dont le front gouttait désormais abondamment, la regarda avec étonnement puis il souffla en se frottant les cheveux. Il ne monta pas plus haut.
Eva avait le coeur qui battait à tout rompre. Qu'est ce qui lui avait pris ? Elle venait de dépenser presque toutes ces économies pour un robot, un robot professeur d'histoire devenu fou, qui ne lui servirait à rien. Elle avait été prise par la folie du moment. En fait, elle savait très bien ce qui lui avait pris. Elle savait qu'elle aurait encore dû attendre au moins 1 an avant d'avoir assez d'argent pour s'acheter un vrai robot en bon état de fonctionnement. Et elle était trop impatiente pour ça. La vente aux enchères terminée, elle se précipita pour récupérer son bien. Elle eut un pincement au coeur lorsqu'elle dût régler les 6 000€. A ce moment là, elle pria pour que la défection du robot soit limitée. Elle n'avait pas eu le temps lors de la présentation succinte du robot de vraiment juger de ses capacités. On lui précisa alors qu'on pouvait lui livrer DK18 chez elle. Elle accepta, sachant que DK18 risquait d'avoir du mal à monter dans le tramway.

1H23 précisément plus tard, un homme vêtu d'un uniforme bleu lui demanda si elle était bien Eva Coujard. Elle répondit par l'affirmative et signa un papier. Le livreur la remercia avant de lui préciser que le robot était dans le couloir et qu'il lui appartenait désormais. Elle suivit du regard le geste du livreur et aperçut alors les 2 yeux rouges de DK18 dans la pénombre du couloir. Elle lui fit signe d'entrer. Le robot n'avança pas tout de suite.
- DK 18 ? Tu viens ? lui demanda Eva d'une voix douce comme si elle parlait à un chiot effarouché.
- Je m'appelle D'Artagnan, répondit DK18 d'une voix métallique.
- Ah oui, pardon. Tu viens D'Artagnan ? J'aimerais te montrer ton nouvel appartement.
Le robot s'exécuta de bonne grâce cette fois, le bruit de ses roues grinçant légèrement.
- Voilà, c'est ici que tu vas habiter, reprit Eva en lui montrant le salon. Tu seras mon fidèle serviteur, ajouta-t-elle avec un sourire.
Le robot releva la tête puis s'immbolisa soudainement en regardant son visage. Ses 2 yeux rouges se mirent soudain à briller d'une lueur plus intense.
- Je veillerai donc sur vous en ce lieu, ma dame, si telle est la volonté du Roi.
- Euh, et bien...(Eva réfléchit quelques instants avant de reprendre d'une voix assurée, tout en se remettant à sourire, amusée par le côté incongru de la situation). Oui tout à fait, c'est un ordre du Roi. Je suis la Comtesse Eva et le Roi a souhaité, étant donné la qualité de vos états de service, que ce soit vous qui soyez chargé d'assurer ma sécurité.
- Je suis très honoré de me mettre à votre service (Le robot s'inclina religieusement). Que souhaitez-vous que je fasse pour vous, Comtesse ? Dois-je enquêter sur ceux qui pourraient en vouloir à votre vie ?
Eva resta muette plusieurs secondes, surprise que DK18 accepte si facilement cette histoire de comtesse à dormir debout.
- Pas maintenant, D'Artagnan. A vrai dire, j'aurais une requête.
- Oui, Comtesse, tout ce que vous souhaiterez, je le ferai.
- Pour commencer, appelle moi Eva plutôt que Comtesse. Et je préférerai que tu me tutoies. Et que tu me regardes dans les yeux quand tu me parles plutôt que de te courber comme ça.
- Mais, cela n'est pas fidèle est protocole...
- Qu'importe le protocole, c'est un ordre et tu dois y obéir, le coupa Eva d'une voix ferme.
- Comme vous voudrez, Comt...Eva, répondit avec dépit DK18, résigné.

La sonnerie du téléphone portable d'Eva interrompit leur dialogue :
- Oui ? répondit Eva en décrochant. Non, ce soir, je ne pourrai pas venir Dani. J'ai...comment dire, un imprévu. On se voit demain ? Oui, au resto chinois, c'est bien. A 20H là-bas. OK. Bisous. (Elle raccrocha avant de se retourner vers le robot). Excuse moi. Alors, si tu me disais comment vont Portos et Aramis ?
- Comme il vous..., enfin comme il te plaira Eva, reprit le robot de sa voix métallique, avant de s'exécuter.

Au départ, Eva se demandait ce qu'elle allait faire de ce robot. Mais en discutant avec lui ce jour-là, elle le découvrit rapidement. Ce robot n'allait pas lui servir à faire le ménage ou à repasser ses habits. Il n'était plus adapté à cette utilisation traditionnelle. Il allait devenir un échappatoire, un moyen de quitter son morne quotidien : en l'écoutant, Eva avait l'impression de voyager dans le temps, de revenir au XVIIème siècle... DK18 était tellement persuadé d'être D'Artagnan qu'on finissait par y croire.

Le lendemain, Eva présenta D'Artagnan à Dani, son fiancé. Il n'apprécia pas vraiment le robot. A vrai dire, il demanda à Eva ce qui lui avait pris de payer 6000€ pour un robot fou. Il lui lista les dizaines de sorties qu'ils auraient pu se payer tous les deux si elle avait été moins égoïste. Vexée, Eva rentra seule chez elle ce soir là. Enfin pas tout à fait seule puisque DK18 était avec elle. En remontant la petite rue qui remontait jusque chez elle, la jeune femme donna un coup de pied dans une bouteille qui traînait par terre pour évacuer sa frustration. Elle regarda pendant tout le trajet par terre, repensant aux paroles de Dani. Quelque part au fond d'elle, Eva savait que son fiancé avait raison...
Docilement, sur ses 6 roues motrices, le sourire toujours figé, DK18 la suivait sans mot dire tout en jetant régulièrement des coups d'oeil à droite à gauche. En le voyant manquer de peu de perdre l'équilibre en descendant d'un trottoir un peu trop abrupt, Eva se détendit enfin. Qu'importe ce que penserait les autres. Elle aimait bien son robot et c'était bien ça le plus important.

Les jours suivants, la vie d'Eva reprit son cours normal. Elle décida de ne pas montrer le robot à ses proches pour éviter que l'on se moque de ce mousquetaire un peu spécial... Un robot par ailleurs très protecteur, qui avait l'air à chaque fois triste malgré son sourire figé lorsqu'Eva lui annonçait qu'il ne pourrait pas venir avec elle. “Et si l'on tentait de vous assassiner, Eva, comment ferez-vous pour vous défendre sans votre fidèle serviteur à vos côtés ?” répétait-il souvent. Une phrase tellement décalée dans la bouche de ce vieux robot qu'elle faisait toujours rire Eva.

Dani finit par accepter le robot voire même l'apprécier. Il appréciait l'humanité de ce robot qui se prenait tellement pour un homme qu'il semblait ressentir des émotions “humaines” justement, même si son timbre de voix restait toujours terne et monocorde.
Le soir, Eva rentrait du boulot en courant, pressée de retrouver “son robot” et de discuter avec lui des dernières intrigues de la cour du Roi...

Un matin froid de l'hiver 2018, alors qu'Eva avait rendez-vous chez son conseiller financier, elle décida d'emmener avec elle DK18. Elle avait envie de se changer les idées avant de rentrer dans une discussion qui promettait d'être compliquée avec son banquier sur l'état de ses comptes.
Sur le chemin, elle ne prêta pas attention aux gens qu'elle croisait qui dévisagèrent avec curiosité son robot, un robot dépassé et au comportement étrange. Eva continua sa route, menant une conversation animée avec DK18 sur les combats à l'éppée.
Elle s'engouffra avec soulagement dans la banque, située dans une rue chic de la ville, contente de quitter le froid au bénéfice de l'agréable air conditionné de l'agence. Elle s'approcha de l'accueil, toujours suivi comme son ombre par DK18 :
Bonjour, Madame. Je suis Eva Renori et j'ai rendez-vous avec Thierry Dumont à 9H30.
La jeune femme blonde de l'accueil se plongea quelques instants dans un registre avant de relever la tête avec un large sourire sans doute forcée :
Oui, tout à fait, il va vous recevoir. Je vous laisse patienter dans la salle d'attente quelques instants, juste là.

Eva ne se fit pas prier et pénétra sans plus attendre dans la salle d'attente. Plusieurs femmes y étaient déjà présentes, l'air distinguée et la tête haute. 2 d'entre elles étaient accompagnées de robots nouvelle génération à bras multiple, doté d'une ergonomie optimisé à tous les points de vue. Ces robots mesuraient chacun près de 2 mètres et semblaient géants face au 1m50 de DK18. Une petite vieille aux traits refaits qui semblait posséder plusieurs de ces géants regarda d'un air hautain DK18, semblant se demander comment on pouvait encore oser sortir avec une vieillerie pareille. Eva ne s'en préoccupa guère et s'assit avec bonheur sur un fauteuil en cuir rouge particulièrement douillet.
Elle commençait à peine à feuilleter le dernier “Paru vendu” quand elle entendit soudain un cri. En relevant la tête, elle vit que 2 hommes cagoulés et apparemment armés étaient entrés dans l'agence. Ils avaient d'ores et déjà neutralisé le vigile et ils faisaient signe à la blonde de l'accueil, visiblement complètement paniquée, de leur indiquer où se trouvait le directeur de l'agence. Elle se leva en tremblotant et fut suivi dans un couloir par le plus grand des 2 braqueurs. L'autre se mit immédiatement à réunir toutes les personnes présentes pour les prendre en otage. Au passage, ils leur demandaient de se délester de tous leurs effets personnels.
Eva sentit une boule se former dans sa gorge quand elle le vit pousser la porte transparente de la salle d'attente. La cagoule lui recouvrait entièrement le visage. Seuls 2 trous laissaient apparaître des yeux noirs en colère. Sa voix nerveuse de stentor montrait qu'il ne plaisantait pas.
La petite vieille tresaillant de peur lui ouvrit toute de suite son portefeuille, avant de retirer d'une main hésitante ses nombreux bijoux, sous l'oeil neutre de ses robots géants.
Eva savait que les robots ne pouvaient rien faire, quelque soit leur taille, face à des humains. Cela est une des règles d'or de leur programmation : ne jamais lever la main sur l'homme, quoiqu'il arrive, pour éviter d'éventuels dérapages. Elle ne fut donc pas surpris de leur passivité.
Quand l'homme à la cagoule s'approcha d'elle d'un air menaçant, le pistolet pointé sur elle, Eva vit du coin de l'oeil DK18 approcher du dos du braqueur. Il était muni d'un parapluie qu'il avait emprunté à la vieille dame. Il abattit son manche avec une force non contenue sur l'arrière de la tête de l'homme aux yeux noirs, qui s'écroula immédiatement, apparemment assomé.
Eva ne pouvait pas en croire ses yeux. DK18 venait d'assomer un humain ! Il venait de bafouer une loi fondamentale de la robotique ! Pour elle, pour sa sécurité. Elle suivit du regard DK18 qui venait de quitter la salle d'attente, toujours armé de son parapluie. Il s'avança dans le hall central où l'autre braqueur alerté par le bruit arrivait en courant. Le grand cagoulé, complètement surpris par ce petit robot qui fonçait droit sur lui, se figea, avant de s'effondrer lui aussi sur le sol assommé par un cuop de parapluie.
Eva vécut cette scène comme une spectatrice. Affalée sur son fauteuil, dépassée par les événements, elle se rendit compte que ses mains tremblaient. Elle vit DK18 se rapprocher d'elle, les 2 lumières rouges lui servant d'yeux brillant d'une intensité plus forte qu'habituellement. Il entama de sa voix métallique et monocorde habituelle :
Tout va bien Eva ? Incontestablement, ces hommes en voulaient à votre vie, mais n'ayez crainte, je les ai mis hors d'état de nuire.

Eva le regarda bouche bée, impossible d'articuler une phrase. Puis elle sourit timidement, tout en essuyant une lamre qui coulait sur sa joue. Elle finit par réussir à prononcer ce simple mot : “merci”.

L'après midi même, après que la police ait procédée à l'interrogatoire des principaux témoins sur les lieux même du braquage, l'inspecteur en charge de l'enquête demanda à Eva de le suivre à l'écart, dans un petit bureau de la banque. Il était petit, maigre et avait de larges cernes sous les yeux. Il commença d'une voix nasillarde :
Votre robot a fait quelque chose d'exceptionnel aujourd'hui. Il a mis hors d'état de nuire 2 dangereux braqueurs. Pour ça, nous lui sommes redevables. (L'inspecteur but une gorgée de café avant de reprendre) Mais cela aurait pu mal tourner. Il aurait pu causer la mort d'autres personnes. Plus grave, il a violé l'une des règles fondamentales de la robotique : attaquer l'espèce humaine. Votre robot est incontestablement considérablement déréglé, voire dangereux. Vous comprendrez donc aisément que nous devons le détruire.

Eva, les yeux embués de larmes, inclina la tête. Elle savait qu'argumenter ne servirait à rien. Mais cela n'avait finalement pas d'importance. Elle était fière de son robot. En ce jour plus que jamais, DK18 méritait d'être appelé D'Artagnan...

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