Merde, déjà 50 minutes de retard, pensa Owen Douglas en jetant un coup d'oeil à l'horloge électronique de sa Porche flambant neuve qui affichait 23H12. Il pesta en appuyant davantage sur l'accélérateur, se moquant des radars qui ne manqueraient pas de le flasher sur son trajet jusqu'à la gare. Heureusement, la route était dégagée.
Il remarqua sur le bord de la route une pancarte luminescente indiquant que la gare de Detroit était à 15 miles.
Elle va me tuer, songea Owen en tapotant nerveusement le volant en cuir de son bolide. Un bolide qui lui avait coûté 500 000$, une affaire pour cette merveille qui passait en un claquement de doigt de 0 à 150 miles à l'heure.
Il regretta une fois de plus de ne pas avoir écourté davantage son « rendez-vous de travail » avec Katy, une associée de son cabinet qui pouvait également jouer parfois le rôle d'amante torride.
Le train ramenant à Detroit Nicole, sa femme, était arrivé en gare à 22H10, soit depuis plus d'une heure. Avec le froid qui régnait dehors, aucun doute que Nicole serait furieuse.
Il avait essayé de la joindre plusieurs fois pour la prévenir qu'il arriverait en retard, sans succès. Owen savait qu'elle ne répondait pas volontairement, pour lui montrer sa colère.
Elle était partie pour le week-end passer un peu de temps chez ses parents, dans une bourgade perdue du Michigan, pour souffler un peu, fatiguée par le stress de la vie avec une pointure du barreau telle qu'Owen Douglas. Nul doute que son retour à Detroit ne commençait pas de la meilleure des façons.
Owen sentit soudain son portable vibrer dans la poche de son costard Hugo Boss. Il baissa la musique Rock qui hurlait par les basses de sa voiture et décrocha. Avant de lui laisser le temps de parler, il entama promptement, d'une voix qui se voulait désolée :
- J'arrive chérie, je serai à la gare d'un instant à l'autre. Comme je te le disais sur ton répondeur, ma réunion a duré plus longtemps que prévu et....
- Te fatigue pas à venir jusqu'à la gare, le coupa une voix en colère et cassante. J'ai pris un taxi. On se retrouve à l'appart et on reparlera de tes fameux rendez-vous de travail !
- OK, capitula Owen, sachant qu'il n'avait pas grand chose à dire pour sa défense. C'est dommage, j'allais arriver...
- Oui, bien sûr, comme toujours !
Owen n'eut pas le temps de répondre, sa femme avait déjà raccroché. Il tapa violemment le volant en cuir, se faisant mal au poignet par la même occasion, puis, après avoir vérifié son retro, pila et utilisa son fein en main pour faire demi tour en faisant crisser les pneus. Il pensa tout d'abord s'arrêter chez un fleuriste pour lui acheter des roses mais il savait que ça ne suffirait pas.
Il fallait plus. Il fallait être innovant s'il voulait avoir une chance qu'elle lui pardonne rapidement.
Il était en train de fulminer tout en cherchant le cadeau idéal quand une publicité sur le bord de la route attira son attention. Celle-ci disait : « vous cherchez un meilleur ami ? Achetez Bob le robot ! Satisfait ou remboursé ! ». Owen ralentit tout en réfléchissant. N'était-ce pas là la solution à ses problèmes ? Un tel cadeau changeait des habituels fleurs et autres bijoux qu'il lui achetait habituellement pour se faire pardonner. Mais il présentait un autre grand intérêt : Nicole se plaignait sans cesse de ne pas avoir d'amis dans cette grande ville froide et austère. Avec un tel robot, il pourrait faire coup double.
Le magasin qui vendait ses robots n'était pas loin, Owen s'y gara non loin d'une gigantesque lumineuse qui reprenait le slogan : Bob le robot, votre futur meilleur ami !. Sur un écran géant, un robot moderne et design semblait inviter les automobilistes à s'arrêter et à pénétrer dans l'hypermarché à robots.
D'un pas vif, Owen rentra dans le magasin, content de voir qu'il était toujours ouvert à cette heure tardive. Une vendeuse au regard charmeur et aux formes avantageuses s'empressa de venir à sa rencontre :
- Puis-je vous aider Monsieur ? Vous cherchez un type de robots en particulier ?
- Owen se perdit quelques instants dans le regard bleu pénétrant de la vendeuse avant de reprendre ses esprits.
- Oui, à vrai dire, je cherche en quelque sorte un robot qui pourrait devenir ami avec ma femme...(Il s'interrompit, repensant à ce qu'il venait de dire). Ce que je dis doit avoir l'air idiot...
Pas du tout Monsieur. Pour être sûr de vous proposer le plus en adéquation avec vos besoins, je vais vous poser quelques questions, d'accord ?
- OK, allez-y.
- Doit-il être capable d'accomplir les tâches ménagères ?
- Oui, mais ce ne sera pas son utilité première.
- Doit-il être drôle, intéressant ou surtout être une oreille, un conseiller ?
- Plutôt une oreille, un confident qu'un comique. En fait, pour tout vous dire, ma femme se sent un peu seule à Detroit et j'ai pensé qu'un robot pourrait remédier à ce manque, devenir son ami. Evidemment, elle ne doit pas savoir que je prends le robot pour cette raison. Il doit avoir l'air d'un robot ménager.
- Je commence à mieux cerner le robot qu'il vous faut. Veuillez me suivre, nous allons le paramétrer ensemble avec des informations concernant votre femme, afin que le robot cooresponde à ses centres d'intérêt et s'attache à elle. Il y en aura pour une petite heure.
A 00H23, Owen sortit du magasin, suivi docilement par le robot AB28 qu'il venait d'acquérir pour une somme rondelette. Sa femme devait déjà être arrivé à l'appart mais qu'importe, au moins il n'arriverait pas les mains vides.
Il arriva devant son appartement à 0H34, gravit les marches 4 à 4 et s'arrêta devant la porte. Il commença par sortir ses clés avant de se rétracter. Il préféra plutôt toquer à la porte.
Quelques secondes plus tard, la porte s'entrebailla, laissant entrevoir une femme d'une trentaine d'année, jolie, brune, au regard triste. Le rictus à ses lèvres montraient sans aucun doute possible que cette femme qui était sa femme était passablement en colère. D'une voix froide, les yeux tournés vers le sol, elle commença :
- Rentre.
- Chérie, je suis...tenta de répondre Owen en obéissant à l'injonction de Nicole et en rentrant dans le salon.
- Qu'est-ce que tu m'as ramené cette fois pour te faire pardonner ? Un camion de fleurs ? Une bague à 100 000$ ?
- Je suis désolé, Nicole. Je t'aime.
- Blablabla... Tu ne sais faire que ça, parler. Je te demande de mettre un peu en concordance tes actes et tes paroles, qui sont pour moi vides de sens...
- Tu as raison, je t'ai ramené un cadeau. Un robot. Il t'aidera dans les tâches ménagères.
- Super ! Puisque tu penses que je ne suis bonne à rien même pas à faire à manger ?
- Pas du tout, tu te méprends. Le robot t'aidera pour les tâches ingrates et pour celles que tu souhaites continuer à faire, aucun problème. Ce sera à toi de décider du rôle du robot ! Si tu veux simplement qu'il te masse les pieds, c'est tout ce qu'il fera... Et plus important, avec ce robot à proximité, nous pourrons nous consacrer entièrement l'un à l'autre quand je serai à l'appart. A ce propos, je te promets que je ferai des efforts pour passer plus de temps avec toi... Depuis que nous avons bouclé le gros dossier Mc Coy, je vais être un peu plus tranquille. (Il se rapprocha d'elle et lui prit les mains) Nicole, je ferai tout pour ne pas te perdre. Tu n'imagines pas à quel point tu es importante pour moi...
Nicole le repoussa et se retourna, la tête baissée. Elle fit quelques pas avant de poser sa tête sur un mur du salon. Owen ne bougea pas, culpabilisant de ne pas être toujours digne de l'amour de cette femme qu'il admirait. Nicole finit par tourner sa tête, couverte de larmes, avant de réussir à articuler, entre 2 sanglots :
- A chaque fois, je me dis que c'est la dernière fois que je me fais avoir, qu'il faut vraiment que je te quitte, que tu n'en a rien à foutre de moi. Et à chaque fois, l'amour que je ressens pour toi me fait changer d'avis. (Elle essuya ses larmes avant de reprendre d'une voix plus assurée, presque menaçante) Mais méfie toi Owen, un jour, je ne te pardonnerai pas et ce jour là, tu seras seul. Ce sera trop tard. Méfie toi. Surtout si tu ne te décides pas à quitter cette ville que je déteste !
Owen se contenta d'acquiescer tout en la prenant dans ses bras et en la serrant fort contre lui.
C'est à ce moment que le robot AB28 fit son entrée dans le salon. Il entama d'une voix masculine et suave qui semblait tout de même légèrement artificielle.
- Bonjour Nicole. Enchanté de faire votre connaissance. Je suis là pour vous aider.
Nicole décolla sa tête du torse musclé d'Owen et regarda curieusement le robot qui venait de s'adresser à elle. Elle sembla surprise par la qualité de la finition du robot. Il faut dire qu'il s'agissait vraiment d'un robot dernier cri. Il se déplaçait en tout point comme un humain, avec une agilité déconcertante. Entièrement neuf, son corps metallique à la couleur argenté brillait dans le salon. Ses yeux rouges respirant de bienveillance semblaient regarder Nicole droit dans les yeux.
- Bonjour. Comment t'appelles tu ?
- C'est à vous de choisir mon nom. Car c'est vous uniquement qui me donnerez des ordres. Je serai à votre service.
Surprise, Nicole regarda Owen qui lui fit signe de répondre au robot.
- Soit, je vais te choisir un nom. (Elle réfléchit quelques instants) Tu t'appelleras Matthieu. Bienvenue dans notre humble demeure...
- Je m'appelerai donc Matthieu. Aurez-vous besoin de moi ce soir ?
- Non, merci Matthieu. Nous nous débrouillerons tout seul. Tu peux disposer.
Le robot s'éloigna en silence, d'une démarche gracieuse.
- Où allons-nous mettre ce robot ? Questionna Nicole en regardant Owen. Je tienx à garder mon intimité !
- Bien sûr, cela va de soi. Il restera dans le hall d'entrée en mode veille. Quand nous aurons besoin de lui, nous n'aurons qu'à appuyer sur cette télécommande, sur le bouton du milieu et il arrivera. (Il lui tendit avec un sourire une mini télécommande munie de 3 boutons). Tu verras, tu seras contente de l'avoir avec toi.
- Ouais, on verra. Bon allons nous coucher, ce trajet m'a achevé.
Owen la suivit de bonne grâce, trouvant qu'il ne s'en tirait finalement pas trop mal et sachant que l'effet bénéfique du robot commençait tout juste à faire son effet...selon lui.
Le lendemain, Owen partit au travail un café à la main et le sourire aux lèvres. Il venait en effet de croiser sa femme en pleine discussion avec son nouveau robot. Il n'avait pas vraiment fait attention au thème de leur conversation mais cela lui importait peu. Sa femme avait enfin trouvé quelqu'un à Detroit à qui parler. Peut-être allait-elle enfin arrêter de menacer de le quitter s'ils ne quittaient pas cette ville rapidement...
Il fit un effort pour sortir tôt du travail ce jour là, histoire de montrer à Nicole que ses nouvelles résolutions n'étaient pas que du vent. Il arriva à 18H13 dans leur appartement douillet, situé au 16ème étage d'un élégant gratte-ciel, et fut surpris de découvrir qu'il était vide. Nicole n'était pas là et il n'y avait pas trace du robot non plus. Il posa son manteau, détacha son noeud de cravate et décida d'allumer la télé en attendant le retour de sa femme. Il venait à peine de mettre la chaîne boursière quand il entendit des éclats de voix provenant du couloir. Puis le bruit de la clé dans la porte. Nicole rentra, tenant 2 grands sacs apparemment remplis de nouveaux habits, suivi de près par son robot, lui aussi porteur de 2 sacs. En apercevant son mari, Nicole sourit et s'approcha de lui pour l'embrasser rapidement :
- Bonjour Owen. Tu rentres tôt aujourd'hui ! C'est un progrès, reste à voir si tu t'y tiendras dans la durée... (Elle montra le robot du coin de l'oeil) J'ai été faire les courses avec Matthieu aujourd'hui, histoire de renouveler un peu ma garde robe. Figure toi qu'il a du goût en terme de vêtement ! Il m'a même guidé dans certains magasins que je ne connaissais pas... Ce robot est surprenant !
- Je suis content qu'il te plaise. (Il lui prit les sacs des mains et alla les déposer dans leur chambre, suivi par le robot qui fit de même. Puis il lui prit les mains, la regardant dans les yeux). Que dirais-tu à présent de passer une soirée tous les 2 ? Tu ne t'occupes de rien, c'est Matthieu qui fera la cuisine. Histoire qu'on puisse pleinement profiter l'un de l'autre...
- Ca m'a l'air d'être un programme sympa. Décidemment, je vais finir par croire que t'as finalement compris qu'il fallait que tu réagisses si tu ne voulais pas me perdre. C'est pas trop tôt, conclut-elle en lui faisant un clin d'oeil malicieux.
Owen passa une très bonne soirée, remarquant au passage que le robot était également doué pour la cuisine. En le regardant servir Nicole d'un air attentionné, il se fit toutefois la remarque qu'il aurait préféré qu'il soit d'une couleur moins tape à l'oeil que cette teinte argentée. Mais cela n'était qu'un détail.
Le lendemain, Owen rentra à l'appartement un peu plus tard, à 18H35 et le surlendemain à 19H32.
Il savait qu'il ne pouvait tout de même pas faire passer Nicole avant son travail, s'il ne voulait pas être que son cabinet d'avocats ne perde des affaires. Il fallait juste qu'il soit présent dans les moments où Nicole risquait de le quitter. Et à voir la bonne humeur actuelle de sa femme, cela ne risquait pas d'arriver. Quand il rentrait, il les voyait souvent en train de regarder un film ou absorbés dans des discussions passionnés, sur les habits, l'amour ou la déco de l'appartement. Une complicité s'était créée entre ces deux là, cela ne faisait aucun doute, si tant est qu'une complicité puisse se créer entre un robot et un être humain. “Encore heureux que je n'ai pas pris un robot ressemblant à un humain” pensa Owen en regardant le robot. “Elle aurait été capable de tomber amoureuse de lui !” Matthieu n'avait pas véritablement de bouche, mais plutôt un orifice pour laisser passer sa voix. Ses yeux bleux brillants étaient carrés. Il était dépourvu de nez. Sa carcasse argentée était froide au toucher. Son torse était plat.
Owen abandonna son examen du robot pour proposer à Nicole de sortir au cinéma voir le dernier film de Woody Allen. Elle acquiesça en demandant toutefois si Matthieu pouvait les accompagner... Owen refusa fermement, arguant qu'il s'agissait d'un robot ménager qui ne serait d'aucune utilité au cinéma. Nicole capitula et quitta l'appartement en compagnie d'Owen, non sans avoir adressé un signe de la main à Matthieu.
Owen n'aima pas le film, qui abordait une histoire d'amour compliquée entre une femme névrosée et un homme timide. A vrai dire, il n'aimait pas vraiment Woody Allen mais il savait que c'était le réalisateur préféré de sa femme. Il faisait semblant d'apprécier les films de ce petit New-Yorkais pour faire plaisir à sa femme. Comme quoi, contrairement à ce qu'elle croyait, il était capable de faire des sacrifices.
En sortant du ciné, situé au 252 sur l'Avenue George Washington, Owen prit la direction de sa Porche, son bras gauche enlaçant fermement Nicole. Il allait s'enfoncer dans l'ascenceur menant au garage souterrain où l'attendait sa Porche quand il aperçut au loin Katy, son associée et occasionnellement amante. Il hésita quelques instants sur la conduite à tenir mais voyant que sa femme a également aperçu Katy, il décide d'aller à sa rencontre.
Katy était accompagnée de son mari, un financier d'une bonne soixantaine d'années style vieille école, avec ses costards dépassés et l'emblème de son université toujours cousue à son manteau. Katy était quand à elle beaucoup plus jeune (32 ans – soit 6 ans de moins qu'Owen), et beaucoup trop belle pour rester avec ce crouton, tout du moins selon Owen. Ses magnifiques cheveux blonds qu'elle avait exceptionnellement détachés lui arrivait aux épaules et ses grands yeux bleus avaient le don de vous capturer le regard. Owen sentit une bouffée de jalousie en la voyant tenir la main de ce financier décrépi :
- Bonsoir Katy. (Il montra d'un signe sa femme en regardant Robert, le mari de son associée, dont les cheveux blancs commencent à devenir de plus en plus rares sur le sommet de son crane). Robert, je te présente ma femme, Nicole. Je ne crois pas que tu l'avais déjà rencontré.
Enchanté, commence Robert d'une voix grave tout en baisant la main de Nicole. (Owen se retint de prononcer une remarque acerbe).
- Enchantée également, répond Nicole.
- Nous sortons tout juste du cinéma, reprend Owen. Nous sommes allés voir le dernier Woody Allen.
- Alors, s'enquiert Nicole ?
- C'est un bon Woody Allen. Je vous conseille d'aller le voir, ment Owen. Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée. Comme tu le sais, Katy, je dois aller au tribunal tôt demain et j'aimerais relire certains éléments du dossier.
- Bien sûr. Ca m'a fait plaisir de vous voir tous les 2, conclut Katy avec un sourire qui parait un peu forcé. Rentrez bien !
Owen s'éloigna d'un pas vif, entraînant avec lui sa femme, en espérant que celle-ci n'avait pas détecté son malaise. C'était un jeudi.
Le vendredi, Owen fit l'amour avec Katy dans un hôtel à côté de son bureau. Longtemps. Fougueusement. Il rentra chez lui à 21H30. Le robot était en mode veille dans le hall. Sa femme était déjà au lit, un livre à la main.
Le dimanche, prétextant une urgence pour le boulot, Owen retrouva Katy dans un nouvel hôtel très chic.
La semaine suivante, Owen fut surchargé de boulot, véritablement, et rentra souvent tard à la maison. Il prit toutefois le temps de l'inviter dans un resto français branché un midi, pour passer du temps avec elle. Il l'informa de ses derniers dossiers, de ses derniers succès, de son nouvel avocat qu'il venait de recruter et qui paraissait prometteur. De son côté, Nicole lui raconta la promenade qu'elle avait fait dans le parc avec Matthieu, et lui posa même cette question, qu'Owen trouva tellement stupide qu'il ne prit pas la peine d'y apporter une réponse : “Est-ce que tu penses que les robots peuvent être heureux ?”
Owen, lui était heureux. Sa femme ne parlait plus de ses désirs de quitter Detroit au plus vite depuis que le robot était arrivé dans sa vie. Son cabinet marchait particulièrement bien. Et avoir Katy comme amante lui apportait ce parfum d'interdit et d'aventure qui lui manquait parfois avec Nicole, qu'il aimait pourtant sans nul doute et qu'il ne se voyait pas quitter un jour. D'autant plus qu'elle présentait l'avantage de ne pas vouloir d'enfants, tout comme lui, une qualité suffisamment rare chez les femmes pour être soulignée.
Les semaines passèrent ainsi joyeusement pour Owen, entre hôtel, bureau et appartement au 16ème étage. Jusqu'au 18 octobre, à 1H22 du matin. Owen avait travaillé très tard sur un dossier particulièrement épineux et il était éreinté. Il n'asiprait qu'à une seule chose : dormir. Il poussa discrètement la porte d'entrée de l'appartement pour ne pas réveiller Nicole mais fut surpris de voir que la lumière était allumée. Nicole était prostré sur le canapé, la tête entre les mains. Le sol devant elle était jonché de Kleenex. Owen s'approcha sans faire de bruit et lui posa sa main sur l'épaule. Nicole sursauta en se redressant. Son visage était couvert de larmes. Non loin de là, le robot observait la scène en silence, ses yeux bleux brillants d'un éclat particulier. Owen s'accroupit en face de sa femme et posant les mains sur ses jambes, prit un ton qui se voulait compréhensif :
- Ca va pas ? Qu'est-ce qui se passe ?
Nicole repoussa violemment les mains d'Owen tout en continuant de sangloter. Owen tenta une nouvelle tactique. Il resta devant elle, toujours accroupi, à la regarder sans rien dire, attendant qu'elle se sente prête à parler. Les yeux regardant fixement le sol, elle finit par réussir à articuler entre 2 sanglots, ces 3 mots qui glacèrent immédiatement le sang d'Owen :
- Je te quitte.
Owen, encaissant le choc, ne sut d'abord pas quoi dire. Son cerveau se mit à fonctionner à 100 à l'heure, cherchant les raisons poussant soudain sa femme à prendre cette décision. Il savait que Nicole n'était pas une femme impulsive et qu'elle ne plaisantait pas avec ces choses là. Secoué, il s'assit par terre et se décida à poser la question qui lui brûlait les lèvres :
- Pourquoi ?
- Grâce à Matthieu (elle releva brièvement la tête en direction du robot, les yeux embués de larmes), je sais tout maintenant... Je sais tout. C'est fini Owen.
- Quoi, qu'est ce que tu sais ? De quoi tu parles ?
Il n'obtint aucune réponse. Nicole se plongea dans un profond mutisme, la tête baissée, comme si tout ce qui devait être dit avait été dit.
Owen se releva brusquement, soudain en colère. Il se dirigea d'un pas vif vers le robot qui lui avait coûté une fortune et en regardant droit dans ses yeux bleus synthétiques, l'interpella d'un ton ferme :
- De quoi parlait-elle ? Qu'est-ce que tu lui as dit comme mensonge ?
- Je ne lui ai dit que la vérité. Nicole est mon ami, je lui devais la vérité.
- Mais c'est quoi ce délire, s'emporta Owen en faisant les cent pas tout en jetant des regards effarés vers le robot. Comment peux-tu être son ami ? Tu es un robot !
- J'ai été programmé à la fois pour effectuer des tâches ménagères et pour veiller au bien être de Nicole Douglas, comme le ferait un ami. C'est pour ça que vous m'avez acheté (sa voix était froide et sûre d'elle, avec des accents qui montraient qu'elle provenait d'une machine artificielle). Je suis également capable de détecter un certain nombre d'incateurs, comme les altérations de comportement qui se produisent chez une personne quand elle ment. J'ai ainsi compris que vous mentiez à votre femme quand vous parliez de rendez-vous de travail. Je vous ai donc suivi et...
- Non, mais je rêve ! (Owen leva les yeux au ciel) Tu m'as suivi ? C'est une violation totale de vie privée !
- Cela n'est pas en contradiction avec les lois fondamentales de la robotique, qui nous impose notamment de ne pas blesser un humain et d'obéir à ses ordres. Vous ne m'aviez pas ordonné de ne pas vous suivre. Je ne l'ai pas fait pour moi mais pour Nicole.
- Il t'a vu baiser avec ton associée, intervint soudain Nicole, la voix chevrotante, sortant de son silence. Tu m'as bien eu ! Je n'ai jamais rien soupçonné. Qu'est ce que je pouvais être conne !
Quoi, mais c'est entièrement faux ! Répliqua Owen d'un ton outré. Je t'assure que ce n'est que des mensonges. Tu crois ce robot plutôt que moi ?
- Matthieu, montre lui, ordonna Nicole en enfouissant à nouveau sa tête dans ses mains.
Un panneau métallique se releva sur le ventre du robot, laissant entrevoir un écran de télévision. Des images apparurent, le montrant en train d'embrasser Katy avec passion, ses mains cherchant apparemment à se frayer un chemin sous son chemisier.
Owen en resta bouche bée. Les yeux rivés sur les images, il savait que c'était terminé. Cette fois, aucun cadeau ne pourrait apaiser la colère de sa femme. Quelle ironie ! Il s'était ruiné pour lui offrir ce robot nouvelle génération et ce maudit robot se retournait contre lui. C'est comme s'il s'était lui-même tiré dans le pied en faisant cet achat. Owen se dirigea vers la porte. Avant de claquer la porte, il se retourna et dirigea son regard vers sa future ex-femme qui pleurait toujours à chaudes larmes sur le canapé. Il conclut d'une voix lasse :
- Le pire dans tout ça, c'est que je t'aimais.
La porte claqua. Il était 1H32 du matin.
dimanche 4 janvier 2009
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